[critique cinema] – Pacific Rim (2013)

Surgies des flots, des hordes de créatures monstrueuses, les « Kaiju », ont déclenché une guerre qui a fait des millions de victimes et épuisé les ressources naturelles de l’humanité pendant des années. Pour les combattre, une arme d’un genre nouveau a été mise au point : de gigantesques robots, les « Jaegers », contrôlés simultanément par deux pilotes qui communiquent par télépathie. Mais même les Jaegers semblent impuissants face aux redoutables Kaiju. Alors que la défaite paraît inéluctable, les forces armées qui protègent l’humanité n’ont d’autre choix que d’avoir recours à deux héros hors normes : un ancien pilote au bout du rouleau et une jeune femme en cours d’entraînement qui font équipe pour manœuvrer un Jaeger légendaire, quoique d’apparence obsolète. Ensemble, ils incarnent désormais le dernier rempart de l’humanité contre une apocalypse de plus en plus imminente…

Considéré par beaucoup comme étant l’attente la plus geek et la plus folle de 2013, voire des deux dernières années, Pacific Rim de Guillermo Del Toro s’est enfin dévoilé au public Parisien en espérant faire mentir les oiseaux de mauvaises augures annonçant un flop à sa sortie. Combinant un grand nombre d’éléments de la culture populaire asiatique en matière d’énormes monstres (ici le genre Kaiju eiga) et de robots tout aussi imposants (les Jaegers signifiant « Chasseurs »), le nouveau film du réalisateur Mexicain était une sorte de pari fou tant artistique que financier, « le film que j’aurai voulu voir quand j’avais 11 ans » comme il se plait lui-même à le présenter. Comment arriver à transcender un genre dont les transpositions n’étaient jusque-là pas très convaincantes (voir les Godzilla) tout en garantissant une pureté dans l’exploitation du mythe ? Comment en parallèle arriver à disposer d’une liberté artistique totale quand le coût du film est estimé à 200 millions de dollars et qu’aucune énorme star n’est en tête d’affiche. Enfin, comment trouver matière à surenchérir dans la destruction planétaire quand Michael Bay avait déjà semble-t-il pousser les limites de l’anéantissement architectural.  Un pari extrêmement risqué donc d’autant que le film ne pouvait même pas compter sur un référent de base, puisqu’il est l’une des rares méga-productions à être un script original. De mémoire, dans les dernières années, seuls Avatar et Inception peuvent se vanter de l’être aussi. Est-ce que Pacific Rim pourra alors être rangé aux cotés de ces deux chef d’œuvres précités, la réponse, ci-dessous.

Del Toro a toujours aimé les montres. Le bestiaire qu’il développe dans sa filmographie depuis maintenant 20 ans n’a a priori pas d’équivalent chez les cinéastes actuels. Avec Pacific Rim, il trouve le terreau idéal pour son exposition de grosses bêtes tant organiques que mécaniques, et livre ce qui peut s’apparenter au spectacle ultime entre ces deux espèces. Si les inspirations sont évidemment nombreuses (on ne pourra pas toutes les citer), il en est deux qui demeurent les plus flagrantes et qui permettent de bien situer le film sur l’échelle des comparaisons. D’un côté Godzilla qui représente la quintessence de la destruction de l’humanité par un / des monstres pseudo-préhistoriques tout droit sortis d’un monde inconnu, de l’autre Neon Genesis Evangelion (manga papier mais aussi animé) qui était basé sur le même principe à savoir des robots gigantesques pilotés et connectés à des hommes pour défendre les cités de monstres effroyables. A ceci près qu’Evangelion développait une réflexion philosophique profonde ce dont Pacific Rim ne bénéficie pas ou peu. Après une double-introduction d’une efficacité redoutable permettant de présenter à la fois le contexte des attaques de Kaiju, la situation géo-politique du monde, le concept du programme Jaeger (tous les pays unis pour construire ces immenses robots et sauver l’humanité), mais également l’historique tragique de notre personnage principal, Raleigh campé par Charlie Hunnam, dans un premier combat annonçant la couleur, le film se met progressivement en place en suivant un schéma relativement simple mais intemporel du fait de sa construction en forme de récit quasi mythologique. Car il existe bel et bien une différence majeure entre un script que l’on pourrait décrire comme simpliste, et un script simple car n’usant que d’éléments fondamentaux pour se nourrir en l’occurrence de celui du monomythe. Star Wars IV, Harry Potter ou Matrix étaient construit de la sorte, Avatar également. A sa manière, Pacific Rim répond également aux jalons décrits par ce mythe mais pas sous la forme d’un seul homme, mais bien de la combinaison tripartite entre les deux pilotes du Jaeger et le Jaeger lui-même. Ces trois entités ne forment qu’un combattant une fois ceux-ci connectés pour supporter l’intensité nécessaire à la direction du robot.

On suit donc avec un intérêt parfois distant la formation du duo entre Mako (l’autre pilote) et Raleigh les emmenant inévitablement vers les combats contre les monstres. Si en soi la relation est très intéressante voire théoriquement émouvante, c’est probablement ici que le principal défaut de Pacific Rim se fait ressentir. La symbiose entre les deux personnages est appuyée à l’écran sans nous paraître pour autant totalement évidente. Les personnages aussi empathiques soient-ils car hanté par une enfance tourmentés pour l’un, et par la perte d’un être cher pour l’autre, n’arrivent jamais à dépasser le cadre donné pour aller au delà et leur apporter une véritable profondeur.  Seul Idris Elba crève l’écran comme l’on pouvait s’en douter dès les premières bandes-annonces. Contrairement à ce qu’un James Cameron réussi à chaque coup, Del Toro n’arrive que partiellement à toucher notre corde sensible tant et si bien qu’aux instants théoriquement les plus forts, ce n’est pas de l’émotion véritable que l’on ressentira mais davantage la claque monumentale devant l’ampleur des combats qui suivent. Pour autant, impossible de rester insensible à certains passages d’une poésie folle dans un chaos grandissant, à l’instar des souvenirs d’enfance de Mako lors de son face à face avec un Kaiju, et de sa rencontre avec son futur protecteur. Pour cette simple raison et ce coté très premier degré (mais totalement assumé), Pacific Rim ne peut pas prétendre à être un chef d’œuvre absolu, mais cela n’atténue aucunement la puissance formelle de l’œuvre qui lorsqu’elle est lancée à pleine allure, ne s’arrête jamais. Et ce n’est pas un raccourci que de dire cela, non, le film ne s’arrête vraiment jamais. Car passée la –un peu trop longue- séquence de préparation, les hostilités commencent et Del Toro va ni plus ni moins produire les morceaux de castagne les plus dingues jamais vu au cinéma pour ce genre de film. La première rencontre entre deux Kaiju et les Jaegers correspondant à la bataille à mi-film est à elle seule l’équivalente des passages les plus fous des Transformers mis en scène évidemment par un artiste. Arrivant à dénicher des instants de poésie pure dans cette destruction à grande échelle, le réalisateur redéfini en un film la notion de combat à échelle inhumaine, multipliant les idées les plus folles tant dans les chorégraphies que dans le maniement de sa caméra numérique. Avec son esthétique très sombre apportant une tonalité bien plus réaliste que dans certains autres films, et ses contrastes fluorescents provenant des éclairages en tout genre des mégalopoles asiatiques, Pacific Rim impose sa propre identité visuelle pour un rendu véritablement hallucinant.

Jamais des combats entre monstres n’avaient eu pareil impact au cinéma. Jamais dans cette proportion, jamais avec autant de surprises, jamais avec autant de folie furieuse dans tous les sens. Rien n’est assez grand pour Guillermo Del Toro qui s’emploie à imaginer les situations les plus dantesques tel un enfant concevant des batailles sans limite avec ses jouets. Cela se passe à la surface de l’eau, dans les airs, en plein centre-ville, dans l’espace, dans les profondeurs de l’océan… Malgré le côté redondant de la chose, il parvient à ré-imaginer en permanence sa mise en scène, apportant perpétuellement de nouvelles choses tant et si bien que l’on ne peut qu’être ébahi devant un tel déploiement de moyens et de créativité. L’absence de « stars » aura vraisemblablement permis de rallonger le budget SFX qui atteignent ici des sommets, une nouvelle fois sous la direction de John Knoll (ILM, qui était rappelons le responsables des effets spéciaux sur la prélogie Star Wars ou encore sur Pirates des Caraibes). En ne perdant jamais de vue ce qui fait la force des Jaegers, à savoir les deux pilotes qui lui donnent la vie, Del Toro garde en permanence tel une épée de Damoclès au-dessus de son histoire la question du pont neuronal qui uni ces deux êtres pour ne faire qu’un avec la machine. Cela passe par la compatibilité mentale des pilotes qui fusionneront leurs esprits et donc leurs souvenirs pour mieux maîtriser l’engin. Cette thématique omniprésente déjà bien développée dans le manga Evangelion (la question de la fusion avec le robot car il n’y a qu’un seul pilote dans le manga) est véritablement le cœur dramatique de Pacific Rim et l’objet de toutes les attentions. Ou comment les souvenirs et l’ancrage que l’on a à eux permettent de mieux agir sur le présent pour choisir de sa propre destiné. Une thématique intéressante traitée pas aussi en profondeur qu’on aurait pu le souhaiter, mais qui ne se voit jamais contrebalancer par une légèreté de ton lors des instants moins cérébraux. A contrario d’un Transformers, Del Toro choisira toujours la sobriété, le réalisme. L’humour est bien présent mais par petites touches et par l’apport d’une galerie de personnages secondaires savoureux (notamment Ron Perlman). Jamais le réalisateur ne succombera à la vanne facile ou de circonstance, un vrai plus.

Avec sa puissance visuelle à couper le souffle et environ 2/3 du film consacrés aux bastons entre les Kaiju et les Jaegers, Pacific Rim est une claque monumentale comme il est rare d’en voir au cinéma. Clairement, aucun blockbuster des dernières années ne rivalise avec lui à ce niveau de grand spectacle. Il faut remonter à Avatar, à Spider-Man 2 ou 3 ou à Inception pour se souvenirs d’avoir été à ce point bluffé par l’image. Pour autant, certains manques principalement d’ordre émotionnel nous empêche d’être totalement euphorique en sortant de la projection. Le film de Del Toro est grand, très grand, mais ce n’est pour autant pas un chef d’œuvre. Il témoigne de son amour sans faille pour la culture asiatique et pour les monstres qu’elle a su inventer au cours de son histoire, mais également de son talent de réalisateur si certains en doutait encore. Del Toro a réalisé son film de gosse, un vrai délire de cinéaste conçu pour les amoureux de grands spectacles à qui le pouvoir de l’imagination ne fait pas peur. On se retrouve transporter dans cet univers de chaos les yeux écarquillés et la bouche béante tels de véritables mômes à qui l’on montrerait pour la première fois un équivalent de Jurassic Park au cinéma. Ce sentiment n’est tellement pas fréquent et l’on aurait bien tort de le bouder. Accompagné par une BO de Ramin Djawadi franchement réussie (changeant des sempiternels boums boums de Hans Zimmer) et relevée aux sonorités de la gratte électrique de Tom Morello (guitariste de génie de Rage Against The Machine), Pacific Rim est le spectacle le plus dingue que l’on ait vu sur grand écran depuis un bout de temps. Une œuvre aussi originale et sincère que celle-ci ne devrait pouvoir que s’attirer le respect du public, on croise alors forcément fort les doigts pour que les box-office mondiaux lui soit favorables. En tout cas de notre côté, la prochaine étape sera de vite retourner le voir en IMAX histoire de doubler le plaisir et en sortir encore plus étourdi ! A l’heure actuelle, on se demande quand même quel prochain film pourrait être encore plus titanesque. Avatar 2 semble être la seule réponse envisageable…

 

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